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Le christ en croix, histoire d’une restauration

Patrimoine 28/10/2018

Le tableau offert par Napoléon III, ayant échappé aux ravages de la guerre de 1870, méritait une restauration qui lui rende son éclat d’origine. Le tableau renaît
aujourd’hui tel que le contempla Napoléon III.

Le destin d’un tableau

Chef-d’oeuvre miraculé, Le Christ en croix est pour le peintre lyonnais Michel Dumas (1812-1885) la toile de la consécration. Cet ancien élève de Jean-Auguste-Dominique Ingres a déjà une longue carrière à son actif lorsque son Christ en croix lui vaut enfin la reconnaissance de ses pairs, au Salon de 1863. « Sublime… », aurait murmuré Ingres en voyant le tableau fini, lui qui avait encouragé son ancien élève à toujours plus de dépouillement dans le traitement de ce morceau de bravoure de la peinture religieuse, à la manière des grands Espagnols, Vélasquez et Zurbarán. Acheté par l’État, le tableau est offert par l’Empereur à l’église Saint-Clodoald, qu’il a inaugurée tout récemment, et qui échappera miraculeusement aux ravages de la guerre de 1870. Assombri par les ans, le tableau renaît aujourd’hui tel que le contempla Napoléon III…

Une résurrection méthodique

En 2018, cette oeuvre a été restaurée par la Ville de Saint-Cloud avec la mobilisation des collaborateurs du site Michelin de Boulogne-Billancourt, grâce au mécénat de la fondation d’entreprise Michelin par l’intermédiaire de la fondation La Sauvegarde de l’Art français, avec le soutien du Département des Hauts-de-Seine. Pendant six mois, trois restaurateurs, respectivement spécialistes du support en toile, de la couche picturale et du cadre, ont travaillé à effacer les outrages du temps sur ce tableau exposé depuis un siècle et demi aux fumées d’encens et de cierges. Toile et châssis ont d’abord été dépoussiérés, le châssis, révisé, et l’ensemble, consolidé par la pose d’une toile de doublage et de bandes de tension. Cette étape a révélé que la partie haute, en plein cintre, avait été ajoutée au tableau, initialement rectangulaire, sans doute au moment de son accrochage dans l’église.

La peinture elle-même était bien sûr assombrie par l’oxydation du vernis, mais portait aussi de curieuses petites tâches duveteuses : des spores de fougères, entrées dans l’église à la faveur des courants d’air ! La restauratrice a donc décrassé la toile, allégé le vernis, comblé les lacunes et posé deux nouveaux vernis. Quant au cadre, il était abîmé lui aussi, encrassé et présentant des lacunes. Le bois a été traité, puis redoré à la feuille d’or, elle-même vieillie pour prendre le même ton que la patine existante. Le cartouche, rappelant le don de l’Empereur à l’église est ainsi redevenu lisible. Cette restauration rend hommage à la finesse du travail de Michel Dumas, en révélant des détails et des nuances dans la carnation du Christ et les ténèbres du fond, que le temps avait ternis et affadis. Si le jeu de mots n’était trop facile, on pourrait oser le terme de résurrection pour ce tableau, que nous avons la chance de revoir tel que, grâce à Napoléon III, les Clodoaldiens de 1867 le voyaient, à sa place sous le buffet d’orgue de Saint-Clodoald !

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