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Henri-léonard wassmus, fournisseur du garde-meuble impérial

Patrimoine 07/01/2020

Trois pièces remarquables de cet ébéniste de renom sont présentées dans l’exposition Les derniers feux du palais de Saint-Cloud.

Une table de salon de style Louis XV en marqueterie, une imposante table de famille de style Transition, un bureau plat de style Louis XVI : ces trois meubles de Wassmus sont à eux seuls une parfaite illustration de l’éclectisme qui règne au palais de Saint-Cloud sous le Second Empire, et de la qualité des réalisations de ce grand nom de l’ébénisterie du XIXe siècle. Henri-Léonard Wassmus exerce son art de 1840 à 1868, au sein de l’atelier familial de ses père et oncle. Très tôt, il se fait un nom grâce à des meubles de styles Louis XV et Louis XVI, et certains voient en lui le digne héritier de Riesener, « ébéniste ordinaire du roi » Louis XVI, maître de la marqueterie et du bronze doré, artisan majeur de la transition entre styles Louis XV et Louis XVI. Entre 1855 et 1865, le Garde-meuble impérial achètera trentedeux créations de Wassmus pour les appartements de la famille impériale et des hôtes de marque.

Quatre bureaux pour Saint-Cloud

En 1855, Wassmus fait partie des fournisseurs du palais impérial sollicités en prévision du séjour des souverains britanniques. Outre des meubles d’appui en bois de rose destinés au cabinet de toilette de la reine Victoria, Wassmus fournit, cette même année, quatre bureaux de style Louis XVI en collaboration avec Charles Christofle, qui a perfectionné la technique de la galvanoplastie pour la dorure et la reproduction de la garniture en bronze. Tous deux s’inspirent d’un bureau réalisé pour la bibliothèque de Louis XVI à Fontainebleau, et qui, utilisé successivement par le Directoire, Napoléon Ier, Charles X puis Marie-Amélie, aura résisté à tous les soubresauts de l’époque, de l’Ancien Régime à la Monarchie de Juillet…

Deux tables, deux styles, une maîtrise unique

Fournie avec les bureaux, une table de salon de style Louis XV présente des pieds galbés caractéristiques, un dessus et une ceinture chantournés, mais surtout, sur le plateau, une extraordinaire marqueterie de bois de différentes couleurs, les motifs se détachant sur un fond de bois teinté en noir et bordé de bois de rose. Des rinceaux de feuilles d’acanthe entourent, entrelacés, bouquets de fleurs et couples d’oiseaux.

La même technique d’ombrage, qui consiste à chauffer le bois pour lui donner différentes teintes, est utilisée pour ce qui est sans doute le chef-d’oeuvre de Wassmus, la table de famille imitée de Riesener. Le plateau imposant, d’1,70 mètre de diamètre, est orné d’un bouquet de fleurs en bois ombré, entouré de frises en bois de rose et d’amarante avec filets en buis et ébène, sur fond de mosaïque de losange en érable gris, motif géométrique cher à Riesener. La ceinture s’orne de volutes végétales ciselées en bronze doré, les pieds cannelés, de guirlandes de fleurs, que rappelle, au centre de l’entretoise, le contenu d’un grand vase à têtes de béliers. Pour cette table si richement ornée, Wassmus dépasse largement le prix convenu lors de la commande : même si une somme complémentaire lui est finalement allouée, en reconnaissance de l’extrême qualité de son travail, les difficultés financières vaudront à l’ébéniste une des faillites qu’il a traversées au cours de sa carrière.

La magnifique restauration de ces trois meubles rares par les ateliers d’ébénisterie et de lustrerie du Mobilier national entre 2017 et 2019 offre au visiteur d’aujourd’hui la chance de les découvrir comme le fit la famille impériale en 1855, et d’avoir le plus bel aperçu sur l’ameublement éclectique et raffiné du palais de Saint-Cloud. Arnaud Denis, inspecteur des Collections du Mobilier national, présentera ce riche mobilier à l'occasion d'une conférence au musée des Avelines : du Garde-meuble impérial au Mobilier national le 18 janvier à 16h30.

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