Découverte en ligne de l'exposition la princesse Palatine

Patrimoine 10/11/2020

Decouverte des salles

Votre musée des Avelines est fermé pour le moment, mais vous pourrez découvrir ci-dessous, depuis chez vous, une partie des œuvres exposées.

Nous espérons vous accueillir prochainement pour admirer toutes ces œuvres, et bien d'autres, mises en lumière et habillées d'une ambiance sonore, pour une immersion royale.

La princesse Palatine (1652-1722) : la plume et le Soleil

L’exposition La princesse Palatine (1652-1722), la plume et le Soleil, proposée par le musée des Avelines, s’attache à dresser le portrait d’Élisabeth-Charlotte de Bavière, fille de l’électeur palatin Charles-Louis Ier, qui en épousant Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV en 1671 à l’âge de 19 ans, devient duchesse d’Orléans et porte à la cour le titre de « Madame ». 

Devenue la plus importante dame de la cour après la reine, elle ne s’est jamais sentie très à son aise à Versailles, mais elle apprécie beaucoup « notre cher Saint-Cloud », le château que le roi avait acheté pour son frère en 1658. Saint-Cloud, écrit-elle en septembre 1715 « est un lieu que j’aime et que je prise, car c’est le plus bel endroit du monde », le site surplombant la Seine évoquant sans doute pour la princesse le paysage fluvial de Heidelberg où elle passa son enfance. Elle donnera trois enfants à son époux dont Philippe d’Orléans, duc de Chartres (1674-1723) qui deviendra Régent à la mort de Louis XIV. Ni reine, ni régente, la princesse Palatine est une figure méconnue de l’histoire du Grand Siècle et aucune exposition ne lui a été consacrée en France à notre connaissance.

Le musée des Avelines propose d’éclairer la figure de cette princesse du Palatinat qui deviendra la belle-sœur du Roi-Soleil et l’un des témoins privilégiés de son règne et des mœurs de la cour. Son nom est passé à la postérité par la publication de ses lettres, cette princesse étrangère s’étant consacrée à une correspondance très abondante avec sa famille restée en Allemagne pour tenter de rompre l’éloignement et le déracinement. Un dixième des 60 000 lettres écrites par la princesse qui survécut au roi et assista à tous les grands évènements du royaume, sans oublier ses drames, a été conservé. Sa correspondance écrite en allemand et en français a été partiellement publiée dès la fin du XVIIIe siècle et témoigne dans une verve truculente de la vie à la cour de Louis XIV vue par une princesse allemande de cœur qui manie avec dextérité l’autodérision.

Merci à Aurélie Chatenet-Calyste, commissaire scientifique de l'exposition, maîtresse de conférences en histoire moderne à l’université Rennes 2, ainsi qu'à Philippe Le Pareux pour la restitution virtuelle du château de Saint-Cloud, aux partenaires de l'exposition, l’association des Amis de notre musée, Guillaume Le Floc’h, commissaire-priseur à Saint-Cloud ainsi que la Région et la DRAC Ile-de-France pour leur soutien.
Une princesse étrangère à la cour de France

Salle 1

Comme pour beaucoup de femmes de son époque, le mariage de la princesse Palatine est un enjeu politique au cœur des stratégies d’alliances de l’Europe moderne.
L’histoire du Palatinat est mouvementée. L’électeur Frédéric V et éphémère roi de Bohême, est contraint à l’exil en 1620. Son fils Charles-Louis, père de la Palatine, recouvre ses États en 1648 avec le Traité de Westphalie. Il s’attache à restaurer ses terres ravagées par les Français pendant la guerre de Trente Ans. C’est au château de Heidelberg qu’Élisabeth-Charlotte, surnommée Liselotte, passe ses jeunes années. Une période marquée par la brouille entre sa mère, Charlotte de Hesse-Cassel, et son père qui impose la présence de sa maîtresse et de ses treize enfants illégitimes. Charles-Louis divorce de sa femme et lui retire la garde de ses enfants. De cette situation familiale complexe, Liselotte développe une haine envers les enfants bâtards qu’elle garde toute sa vie. Élevée ensuite par sa tante Sophie de Hanovre, une femme cultivée avec qui elle correspond toute sa vie, Liselotte reçoit une solide éducation.

Exposition la Princesse Palatine

Exposition la Princesse Palatine

© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol

Charles-Louis Ier souhaite éviter une nouvelle guerre en s’alliant avec la France. La mort de la femme du frère de Louis XIV lui en donne l’opportunité. Le mariage est orchestré par Anne de Gonzague, une de ses tantes, qui intrigue activement pour sceller l’union. Élisabeth-Charlotte, de religion calviniste, est alors contrainte de se convertir au catholicisme. Le contrat de mariage - mal ficelé et accordant une dot ridicule à la princesse - est signé par procuration le 29 septembre 1671. Il sert par la suite de prétexte à Louis XIV pour revendiquer certaines terres du Palatinat : sous la direction du ministre de la guerre Louvois, la ville et le château de Heidelberg sont incendiés en 1689.

salle 1
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol

 

Liselotte rencontre pour la première fois son époux le 20 novembre 1671. Le contraste est saisissant : Monsieur est un homme petit et maniéré, qui aime les rubans et les dentelles ; celle que l’on nomme désormais Madame, est au contraire grande et forte et peu tournée vers les froufrous. Malgré ces différends, le couple vit en bonne intelligence en ayant trois enfants dont deux survivent. Madame s’accommode assez bien de la présence des amants de Monsieur mais ne tolère guère l’emprise que ses favoris - le marquis d’Effiat et surtout le chevalier de Lorraine - ont sur lui.

portrait de la princesse Palatine

Portrait d’Elisabeth-Charlotte, duchesse d’Orléans, née princesse Palatine

La duchesse d’Orléans est représentée jeune – elle ne semble pas avoir plus de trente ans, et encore svelte. Arborant une coiffure à la fontange (à la mode après 1680), elle porte une robe échancrée en soie mauve garnie de dentelle et agrafée sur le devant. Elle est drapée dans un manteau de velours bleu fleurdelisé doublé d’hermine dont elle retient l’un des pans de sa main droite.

Campant la composition à gauche, un piédestal de pierre sert de support à un grand vase à godrons accueillant un oranger en fleurs. La perspective, arrêtée derrière par un mur, s’ouvre à droite sur un paysage embrasé par la lumière du couchant dont on aperçoit l’évanescent feuillage de peupliers. La duchesse tend sa main gauche vers le museau d’un épagneul nain qui, en témoignage de fidélité à sa maîtresse, lui lèche le bout des doigts. Sur le piédestal, sont inscrits le nom en lettres capitales ainsi que les armoiries accolées de la famille d’Orléans et du Palatinat surmontées de la couronne ducale.
 

Nicolas de Largillière (1656-1746)
Huile sur toile, vers 1680
Nancy, musée des Beaux-Arts, inv. 217
Anne de Gonzague

Portrait de la comtesse palatine du Rhin (1616-1684), dite princesse Palatine, née Anne de Gonzague de Clèves, duchesse de Nevers, princesse de Mantoue, marquise de Montferrat, en demi-longueur, dans une robe bleue avec un manteau d'hermine doré

Elisabeth-Charlotte doit son mariage et son installation en France à Anne de Gonzague, dont elle a fait la connaissance en 1668. Née en 1616, Anne est par son mariage conclu en 1645 avec Edouard de Bavière, à la fois cousin de Turenne et neveu du roi Charles Ier d’Angleterre, comtesse palatine du Rhin. Anne est l’une des rares et véritables amies de Monsieur frère du roi.

Elle est alliée aux principales familles régnantes d’Europe. Edouard est frère de l’électeur palatin Charles Louis et l’oncle de Liselotte. Anne de Gonzague est alors désignée à la cour sous le nom de princesse Palatine, ce qui, pour les générations ultérieures, crée une confusion possible avec sa nièce Liselotte, Madame.

Le mariage d’Elisabeth-Charlotte avec Monsieur est un immense succès pour Anne de Gonzague. Même si Monsieur ne vit que dans l’ombre de Louis XIV, c’est pour Anne de Gonzague une garantie renouvelée d’une protection efficace contre les cabales de Versailles.

Ce mariage est le dernier acte de l’activité mondaine de la princesse. En 1671, Anne de Gonzague se retire du monde pour se consacrer entièrement à des œuvres de dévotion. Monsieur et Madame la soutiennent auprès de la cour dans son action en faveur de ses protégées, les Ursulines de Meulan. Tous deux pleureront sincèrement sa disparition, en 1684.

Anonyme français
Huile sur toile, vers 1660
Collection des Princes de Salm, Château d'Anholt, Allemagne, inv. 334
Madame à Saint-Cloud
Entrée salle 2

 

Parmi les résidences des Orléans et ses obligations dans les résidences royales, c’est le château de Saint-Cloud que Madame préfère. Monsieur l’acquiert en 1658 puis le fait agrandir dans les années 1670 par l’architecte Jean Girard et décorer par les peintres Pierre Mignard et Jean-Charles Nocret. Le 10 octobre 1678, Monsieur inaugure le nouveau château en présence du roi et des grands de la cour. Tous sont éblouis par la somptuosité de la décoration qui mêle la grâce sensuelle du baroque italien et l’académisme plus solennel et mythologique de Mignard.

salle 2
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol

 

salle 2
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol

 

salle 2
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol

 

Madame aime particulièrement la situation surplombante du château de Saint-Cloud sur la Seine, vue qui lui rappelle celle qu’elle avait au château de Heidelberg. Elle apprécie également de se promener dans les jardins. À son arrivée à Saint-Cloud, la Palatine s’installe dans l’appartement de la première épouse de Monsieur au premier étage. On entre dans celui-ci par le magnifique salon qui sert de liaison entre les deux appartements de l’étage, celui, de Madame, qui se développe de l’autre côté de l’escalier et celui, très réduit avec seulement une chambre et une garde-robe, que possède Monsieur et qui occupe le reste de l’aile à côté. Au-delà de ce salon, l’appartement de Madame comprend une antichambre, une chambre, une garde-robe et des pièces en entresol. En 1687, des aménagements sont apportés avec la création d’un cabinet au premier étage au-dessus du péristyle de l’escalier. La princesse semble ensuite changer d’appartement et loger dans l’appartement dit de la reine entre la salle du dais et le salon de Mars, selon l’inventaire après décès de Monsieur en 1701. Elle dispose alors d’un cabinet original car éclairé de manière zénithale. Là, elle aime passer ses journées, entourée de sa bibliothèque et de porcelaines d’Orient et du médaillier où elle conserve sa collection de pierres dures. C’est dans ce cabinet et sur sa haute table à écritoire, que Madame rédige les innombrables lettres de sa correspondance.

Dans ce château « de campagne », Madame a le sentiment d’échapper à la servitude de la cour, aux favoris de son époux, pour se consacrer pleinement à la lecture et l’écriture, entourée de ses animaux de compagnie.

« L’air de Saint-Cloud me fait du bien… », écrit-elle en 1711.

 

© Ville de Saint-Cloud - Audrey Bonnet – Vue générale de Saint-Cloud
© Ville de Saint-Cloud - Audrey Bonnet – Vue générale de Saint-Cloud

Veuë générale de Saint-Cloud

Pendant plus de quarante ans, Monsieur ne cesse d’agrandir et d’aménager son domaine acquis en 1658. Les deux grandes divisions de ce dernier datent de cette époque : le bas parc, aménagé en jardins et intégrant les dispositifs hérités des Gondi, et le haut parc, planté d’arbres. Mais surtout on lui doit l’édification du château. Pour mener à bien ses projets, le prince s’appuie sur une administration et des hommes de l’art, à commencer par son architecte Antoine Le Pautre.

Attribuée à Adam Pérelle (1640-1695)
Gravure en creux rehaussée de gouache, années 1680
Saint-Cloud, musée des Avelines, inv. G 988.1.11 a

 

Extrait de la restitution virtuelle du château de Saint-Cloud en 1701

L’historien Philippe Le Pareux a reconstitué les intérieurs du château de Saint-Cloud à partir de l'inventaire après décès de Monsieur de 1701, seul document qui permet de restituer un ensemble homogène. Il est conservé aux Archives nationales et décrit pour chaque pièce, les étoffes murales, les meubles et les tableaux. L'ameublement est restitué en suivant scrupuleusement l'inventaire, et replacé en fonction des règles de l'étiquette en vigueur sous Louis XIV. Pour le mobilier, le principe des équivalences a été retenu puisqu'il semble que quasiment aucun meuble provenant de Saint-Cloud au temps de Monsieur n'ait pu être identifié. Les étoffes et le mobilier choisis datent des années 1680 (achèvement des appartements) à 1700. Les façades du château ont été restituées à partir du plan de Jean Mariette et des photographies de Pierre-Ambroise Richebourg. Pour les décors intérieurs, Philippe Le Pareux s’est notamment appuyé sur les gravures de Mariette ou de Jean-Baptiste Poilly.

Restitution virtuelle du château de Saint-Cloud en 1701,
Extrait de la vidéo présentée dans son intégralité dans l'exposition,
réalisée par Philippe Le Pareux, historien

 

© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol  - Portrait de la princesse Palatine
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol  - Portrait de la princesse Palatine

Portrait de la princesse Palatine

Ce portrait réalisé dans les années 1838-1840 par Jean-Pierre Franque, d’après le Portrait d’Elisabeth-Charlotte, princesse Palatine, duchesse d’Orléans, avec son fils Philippe, futur régent de France, et sa fille, Elisabeth-Charlotte, future duchesse de Lorraine de Pierre Mignard (1612-1695), a été peint comme dessus-de-porte pour le château de Saint-Cloud à la demande du roi Louis-Philippe Ier. Jean-Pierre Franque a repris le portrait de la Palatine avec ses enfants de Mignard en ne conservant que le buste de la princesse tenant une fleur dans un format ovale. Nous le voyons parfaitement, en dessus-de-porte, sur la photographie de l’album Richebourg ci-dessous restituant les intérieurs du palais de Saint-Cloud sous le Second Empire.

Ce dessus-de-porte a été sauvé de l'incendie qui ravagea le palais de Saint-Cloud en octobre 1870 pendant la guerre franco-prussienne et fut conservé au musée du Louvre. Ce musée déposa quelques années plus tard le portrait de la Palatine au musée de Châteauroux en 1879. Ce dernier est devenu propriété de la ville, depuis le 27 novembre 2012. Étant dans un mauvais état de conservation et non exposé, la ville de Saint-Cloud, en accord avec la ville de Châteauroux, a décidé de prendre en charge la restauration de ce tableau afin de le présenter dans l’exposition. Cette peinture revient ainsi à Saint-Cloud avec la prolongation du prêt sous forme de dépôt de 5 ans afin d’enrichir les collections du musée des Avelines.

Jean-Pierre Franque (1774-1860)
Huile sur toile, 1838-1840
Châteauroux, musée Bertrand, inv. 2012.2.3
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol  - Dessus-de-porte de la Chambre rouge de l’aile de l’orangerie du palais de Saint-Cloud : Portrait de la princesse Palatine par Jean-Pierre Franque
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol  - Dessus-de-porte de la Chambre rouge de l’aile de l’orangerie du palais de Saint-Cloud : Portrait de la princesse Palatine par Jean-Pierre Franque

Dessus-de-porte de la Chambre rouge de l’aile de l’orangerie du palais de Saint-Cloud : Portrait de la princesse Palatine par Jean-Pierre Franque

Cette photographie, extraite de l'album Richebourg, présente le tableau original qui se trouvait dans la chambre rouge de l’aile de l’orangerie sous le Second Empire. L’autre dessus-de-porte de la chambre avait reçu un portrait d’Henriette d’Angleterre, première épouse de Monsieur, également de Jean-Pierre Franque et toujours d’après un tableau de Mignard.

Pierre-Ambroise Richebourg (1810-1875)
Tirage photographique sur papier albuminé, 1868
Saint-Cloud, musée des Avelines, inv. 2014.5
Madame épistolière et collectionneuse

Entrée salle 3

Depuis son cabinet de Versailles ou de Saint-Cloud, la princesse Palatine envoie chaque jour de nombreuses lettres aux quatre coins de l’Europe. Plus qu’un passe-temps, cette correspondance est une nécessité et un plaisir. Si Saint-Simon écrit qu’ « elle aimait tellement à écrire à ses parents et amis, qu’elle y passait sa vie », l’écriture lui permet de dialoguer avec des parents éloignés et de rester proche d’eux malgré la distance et les années. Ses lettres d’une longueur parfois impressionnante - jusqu’à vingt à trente pages - sont parfois truffées de fautes d’orthographe comme elle s’en excuse auprès de ses destinataires. Sa correspondante la plus régulière est sa tante Sophie de Hanovre qui l’a élevée une partie de son enfance.

Le cabinet de Madame renferme aussi sa colossale bibliothèque : 3000 volumes estimés 14 880 livres après sa mort. On y trouve des livres en allemand et en français, des classiques (comme L’Odyssée d’Homère), de coûteux atlas illustrés, plus de vingt Bibles. Elle lit aussi les recueils de poèmes et les œuvres dramatiques, dévore les romans avec d’autant plus d’ardeur que son père lui en avait interdit la lecture quand elle était petite.

salle 3
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol

 

salle 3
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol

 

L’ouvrage le plus précieux – et le plus cher – de sa bibliothèque est une édition de luxe de L’Antiquité expliquée et représentée en dix figures de Bernard de Montfaucon, un ouvrage qui démontre l’intérêt renaissant au XVIIIe siècle pour l’Antiquité. Sa bibliothèque est loin d’être un simple apparat : Madame médite ses lectures. Elle admire Leibniz, correspond avec lui et apprécie qu’il soutienne : « que les bêtes ont de l’intelligence, qu’elles ne sont pas des machines comme Descartes a voulu prétendre, et que leurs âmes sont immortelles ». Cette réflexion dénote de sa faculté à réfléchir sur des thèmes métaphysiques comme l’existence de l’âme. Elle aime que ses livres soient ornés de belles reliures ou de gravures sur cuivre comme les recueils d’Abraham Bosse ou de Jacques Callot.

Outre les livres, Madame collectionne les pierres gravées et les médailles antiques, une pratique très répandue parmi la noblesse du XVIIe siècle sur le modèle de Louis XIV. Madame a développé un goût pour les médailles antiques sous l’influence de son précepteur Spanheim, numismate accompli. Sa collection s’accroît avec l’héritage de son père et les présents de médailles d’or antiques de son fils. Elle en dresse elle-même un catalogue manuscrit aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France. 

 

©DR - Lettre de la princesse Palatine à la Raugrave Louise, Marly, le 21 mai 1715
©DR - Lettre de la princesse Palatine à la Raugrave Louise, Marly, le 21 mai 1715

Lettre de la princesse Palatine à la Raugrave Louise Marly, le 21 mai 1715

La princesse Palatine a écrit plusieurs dizaines de milliers de lettres, dont beaucoup sont aujourd’hui perdues. « Épistolière boulimique », elle ne se cantonne pas aux relations franco-allemandes, mais est bien une princesse européenne qui inscrit sa parole dans le flot continu des événements de la période qu’elle traverse. Même si elle affirme elle-même écrire de façon très spontanée, « J’écris comme je parle, car je suis trop naturelle pour écrire autrement que je ne pense », son instruction et sa culture ne font aucun doute au regard de la densité de sa bibliothèque.

Collection Patrick Heinstein
© Paris, Bibliothèque du Sénat - Atlas historique ou nouvelle introduction à l’histoire, à la chronologie et à la géographie ancienne et moderne par M. Guedeville et H.P. de Limiers, deuxième édition corrigée et augmentée en sept volumes, Amsterdam.
© Paris, Bibliothèque du Sénat - Atlas historique ou nouvelle introduction à l’histoire, à la chronologie et à la géographie ancienne et moderne par M. Guedeville et H.P. de Limiers, deuxième édition corrigée et augmentée en sept volumes, Amsterdam.

Atlas historique ou nouvelle introduction à l’histoire, à la chronologie et à la géographie ancienne et moderne par M. Guedeville et H.P. de Limiers, deuxième édition corrigée et augmentée en sept volumes, Amsterdam.

Les sept volumes de cet atlas historique, publiés entre 1713 et 1719, ont appartenu à la Palatine. La curiosité d’esprit, l’humanisme et l’intelligence de la princesse expliquent son intérêt pour cet ouvrage, extraordinaire par la variété des sujets abordés et parfois la liberté de ton de ses auteurs. Le principal auteur est Nicolas Gueudeville (1652-1721), ancien moine bénédictin, converti au calvinisme en 1690. « La pensée est le plus beau présent que nous aïons reçu de la Nature et nous ne goûtons le bonheur de notre espèce qu’autant que nous faisons un bon usage de notre esprit ». Tels sont les premiers mots de la préface de cette extraordinaire encyclopédie avant l’heure dont le but est de faire prendre conscience au lecteur de sa chance de « vivre dans un siècle éclairé » et, ce faisant, de l’« attirer agréablement à l’étude de l’Histoire » en lui permettant de « faire le tour du monde dans son cabinet » et de s’instruire tout en s’amusant, notion en vogue au cours du Siècle d’Or. Le propos des auteurs est de se référer en permanence à la géographie et la chronologie, sans lesquelles l’histoire est un « visage sans yeux, un corps sans bras, un édifice sans jour et sans clarté ». La vaste érudition des auteurs s’étend de la connaissance des pays aux mœurs de leurs habitants. Les introductions aux différents chapitres invitent la noblesse à «s’enfoncer dans l’histoire de son sang » tout en reflétant l’opinion des auteurs, huguenots favorables au modèle anglais.
 

Les frères Chastelain (1713-1720)
Vue et description de l’église du Saint-Sépulcre : tome 5, p.102
7 volumes inFolio, veau brun marbré, orné de dentelle du Louvre dorée, frappé aux armes de Madame, duchesse d’Orléans.
Fonds précieux de la Bibliothèque du Sénat
Un regard acéré sur la cour de France

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Par sa place à la cour et ses milliers de lettres, la princesse Palatine est un témoin de premier plan sur la société aulique sous Louis XIV. Ses missives dressent le portrait de la cour dans tous ses aspects. Peu d’événements échappent à sa plume : l’étiquette versaillaise et ses contraintes, les travers des courtisans, les projets matrimoniaux entre princes européens ou simplement entre familles nobles françaises, les guerres et les paix menées par Louis XIV… Pour autant, Madame Palatine n’est pas une commentatrice politique car ses lettres relaient des informations sans que ses propres avis sur les événements transparaissent.

salle 4
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol

 

salle 4
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol

 

Elle se montre beaucoup plus féroce en ce qui concerne l’étiquette. Madame a une conscience aiguë de son rang qui la pousse à défendre la place des Orléans et critiquer ceux et celles qui outrepassent leurs droits. Madame veille à l’établissement des filles de son époux : Marie-Louise avec Charles II d’Espagne en 1679 et Anne-Marie, avec Victor-Amédée II de Savoie en 1684, qui devient reine de Sicile et de Sardaigne. Liselotte est très attentive au rang de son fils Philippe devenu duc de Chartres et à ses prérogatives de petit-fils de France. Au contraire, elle dénonce les privilèges obtenus par les princes légitimés c’est-à-dire les enfants de Louis XIV et de ses différentes maîtresses. En 1692, elle ne parvient cependant pas à empêcher le mariage de son fils avec Françoise-Marie de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et de la marquise de Montespan malgré son opposition farouche à ce qu’elle considère comme une mésalliance. Elle n’hésite pas à lui donner un soufflet en présence de la cour. Seules la dot de deux millions de livres et l’annulation du projet de mariage de sa fille Élisabeth-Charlotte avec le duc de Maine (qui finalement épouse Léopold duc de Lorraine) apaisent sa colère. Madame veille ensuite à l’établissement de ses petites-filles à l’instar de Marie-Louise-Élisabeth qui épouse en 1710 Charles de France, duc de Berry, troisième petit-fils de Louis XIV. Celui-ci devient deuxième héritier de la Couronne après le décès de son père, le dauphin Louis, et de son frère aîné le duc de Bourgogne, en 1711 et 1712.

salle 4
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol

 

salle 4
© Ville de Saint-Cloud – Musée des Avelines / Gilles Plagnol

 

 Mais celle qui attire le plus les foudres de Madame reste Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon qui par ses origines et son ascension sociale prodigieuse représente tout ce que déteste la princesse Palatine. À la mort de son époux, elle doit cependant se réconcilier avec la « vieille ratatinée » afin de bénéficier de l’appui du roi et de ses largesses à un moment où sa situation financière rencontre de grosses difficultés.
 
© Mobilier National / Isabelle Bideau  - Philippe d’Orléans (1674-1723), Régent du royaume
© Mobilier National / Isabelle Bideau  - Philippe d’Orléans (1674-1723), Régent du royaume

Philippe d’Orléans (1674-1723), Régent du royaume

Né à Saint-Cloud en 1674, Philippe d’Orléans est le petit-fils de Louis XIII ainsi que le fils de Monsieur et de la princesse Palatine. Il épouse « sur ordre du roi » l’une des bâtardes légitimées de  Louis XIV, la seconde Mademoiselle de Blois, fille de Madame de Montespan. Il devient régent du royaume de France pendant la minorité de Louis XV, de 1715 à 1723.

Bien que non signée, cette tapisserie conservée au Mobilier national a certainement été produite par l’atelier de haute lisse des Cozette, Pierre-François (1714-1801) et son fils Michel-Henri (v. 1744-1822), qui s’étaient spécialisés dans ce genre d’ouvrage virtuose. Cette tapisserie n’est pas facile à dater, mais une fabrication autour de 1780, au moment où culmine la mode des tissages d’Henri IV, est plausible.

Afin de manifester leur virtuosité, les tapissiers des Gobelins prennent l’habitude de traduire en tapisserie des portraits ou des tableaux de petites dimensions. Ce portrait du Régent nous est parvenu dans un état de fraîcheur remarquable et dont le statut dépasse celui d’une simple reproduction. Dans plusieurs de ses critiques de Salons, Diderot a posé les enjeux du portrait en tapisserie au XVIIIe siècle, qui sont ceux de la ressemblance du modèle et de l’imitation de la peinture. Il affirme qu’« il n’est guère moins difficile de faire prendre des laines pour de la couleur que de la couleur pour des chairs ».

D’après Jean-Baptiste Santerre (1651-1717)
Manufacture des Gobelins
Laine et soie ; tissage de haute lisse
(atelier des Cozette ?) autour de 1780 (?)
Paris, Mobilier national, inv. GMTT 1269
© Collection Lastic / photo David Bordes - La famille du Grand Dauphin
© Collection Lastic / photo David Bordes - La famille du Grand Dauphin

La famille du Grand Dauphin

Ce tableau est le modello, c’est-à-dire la version à plus petite échelle de la composition avant réalisation en grand, du célèbre portrait de groupe peint par Pierre Mignard en 1687. Tout d’abord accroché dans la chambre de la reine à Versailles, le tableau passe ensuite au château de Meudon, acquis par Louis XIV pour son fils en 1695. Il est aujourd’hui conservé à Versailles (inv. MV 8135). La composition réunit Louis de France (1661-1711), dauphin, dit « Monseigneur », accompagné de son épouse, Marie Anne de Bavière (1660-1690), et de leurs trois enfants : Louis (1682-1712), duc de Bourgogne (ici à droite, tenant une lance), Philippe (1683-1746), duc d’Anjou, assis au premier plan, et Charles (1686-1714), duc de Berry. Aucun ne devint roi de France : à la mort de Louis XIV, en 1715, seul avait survécu (à l’exception de Philippe d’Anjou devenu roi d’Espagne en 1700) l’un de ses arrière-petits-fils, Louis de France (1710-1774), fils du duc de Bourgogne. Après la régence de Philippe d’Orléans, de 1715 à 1723, et ayant atteint la majorité royale (13 ans), l’enfant régna sous le nom de Louis XV.

Pierre Mignard (1612-1695)
Huile sur toile, 1687
Collection Lastic – Château de Parentignat
©DR - Portrait de la princesse Palatine
©DR - Portrait de la princesse Palatine

Portrait de la princesse Palatine

En 1713, à l’âge de 61 ans, la Palatine est disposée à se faire représenter grandeur nature, et non plus seulement en miniatures, comme cela avait été le cas pendant plus de vingt-cinq ans. Elle fit venir le peintre Hyacinthe Rigaud à Marly afin qu’il se charge de peindre son portrait, dont elle avait promis la commande à son chef du conseil et conseiller d’État Nicolas-Joseph Foucault (1643-1721). Ce sera d'ailleurs le dernier portrait d'elle avant sa mort. Le travail de Rigaud s’étend sur près d'une année. Le peintre est conscient de l’équilibre fragile entre la flatterie et le réalisme. Liselotte préférait ses portraits avec un certain degré de ressemblance, mais comment l’artiste peut s’atteler à sa tâche lorsque le modèle se décrit sans complaisance deux ans auparavant :

« Mon visage est brun rouge, plein de cicatrices de la variole et j’ai beaucoup de rides, 5 lignes sur le front, dans les coins de la bouche, dans les coins des yeux, entre les yeux, au-dessus du nez. J’ai un petit cou, une grande taille [...], large au niveau des épaules, j’ai des cheveux blancs comme de l’argent autour du visage ».

En décembre 1713, le portrait est achevé. Le résultat apparaît d’une ressemblance si parlante que Louis XIV demande à ce que l’original soit conservé par Madame. Plusieurs copies de trois-quarts et en buste sont réalisées par l’atelier de Hyacinthe Rigaud. À l’été 1721, soit huit ans après la réalisation de l’original par Rigaud, Madame envoie une gravure de cuivre de Simonneau à sa sœur Louise. À la veille de son décès, ce portrait de Rigaud est toujours au cœur de ses échanges :

« La gravure de cuivre de mon portrait, qui a été réalisée d’après celui magnifiquement peint de Rigaud a également été fait par un plutôt bon dinandier » (lettre du 12 juillet 1721).

Aujourd’hui, on totalise près de vingt répliques d’époque de ce célèbre portrait. Celui présenté dans l’exposition est resté longtemps méconnu.

Atelier de Hyacinthe Rigaud (1659-1743)
Huile sur toile, vers 1714-1722
Collection Patrick Heinstein
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